Roberto Perazzone et Étienne-Irénée Brun

Experts
Tableaux - Dessins - Sculptures
Moderne et Contemporain

Marie-Gabriel BIESSY


Gabriel BIESSY

(1854 St PIERRE du MONT-1935 BOURG-LA-REINE)

DES LANDES A LA VALLEE DE LA BIEVRE

Une naissance à Saint Pierre du Mont situé non loin de Mont de Marsan, un passage dans la ville de Bordeaux, puis un premier enseignement reçu à l’Ecole des Beaux Arts de Lyon à partir de 1876 et voilà notre jeune peintre élève à Paris, dans l’atelier du célèbre portraitiste de l’époque : Carolus-Duran. Que de passages à travers des périodes bien diverses. Sujets académiques, scènes d’intérieur aux accents flamands et le regard tourné vers les maîtres anciens, portraits intimes ou officiels, paysages campagnards aussi bien qu’urbains, se prolongeant vers des contrées plus ou moins lointaines telles que l’Europe, l’Afrique, l’Amérique latine et l’Egypte. Cette ultime étape de longue durée est due à sa nomination comme directeur de l’école des beaux-arts du Caire.


La tentation serait alors, au vu de son parcours, de vouloir classer l’œuvre du peintre tour à tour comme peintre voyageur, et pourquoi pas orientaliste. Les paysages saisis aux alentours de Bourg-La-Reine suivant une technique post-impressionniste, sont plutôt à regarder comme des prises de vues témoignant d’instants privilégiés. Ces visions se retrouvent tout au long des voyages en banlieue ou beaucoup plus lointains.

Marthe Gambier, son épouse jouera un grand rôle dans son œuvre intimiste puisqu’on peut la reconnaître dans divers portraits : femme à l’ouvrage, modèle dans l’atelier habillée ou pas et dans ce dernier cas, le corps mis en valeur efface par les poses prises de dos, l’identité du modèle.

Deux portraits de Georges Clémenceau nous sont connus dont l’un est en bonne place au musée de Saint Vincent du Jard. Le portrait date de 1914, à l’image du « Tigre » mais Gabriel Biessy peut aussi nous surprendre avec le même sujet traité beaucoup plus librement. De petit format, une huile sur panneau représente cette fois un Georges Clémenceau debout sur le pont du bateau, la casquette sur la tête et le bras appuyé au bastingage. Le personnage historique est surpris dans une attitude plus décontractée. Avec une attitude aussi libre, le peintre réalise un portrait de son ancien professeur Carolus-Duran, debout, la palette à la main et coiffé d’un chapeau.(Musée d’Orsay, Paris).

Avant 1900, déjà, Gabriel Biessy déplace le sujet du paysage urbain vers la peinture «  de plein air » chère aux impressionnistes. Au tournant du siècle, les tableaux de paysages se situent souvent aux alentours de Bourg-La-Reine (Arcueil, Bagneux et la vallée de la Bièvre) et ces derniers rappellent par leurs compositions, une campagne qui aujourd’hui est beaucoup plus difficile à imaginer. Le thème du travail est notamment évoqué par les scènes de fenaisons, de ramasseuses d’épinards dans les champs, et de l’incontournable faucheur à la tâche. Un tableau représentant trois ouvriers longeant une barrière les séparant d’un paysage, rentrent de leur travail, le soir tombé. Une fillette les précède comme pour les guider vers leur domicile. Et cette scène prend alors toute sa valeur pour le peintre comme pour celui qui regarde le tableau : vision du paysage, évocation du travail et poésie rendue par la présence de la figure de l’enfant.

Avoir choisi de vivre à Bourg-La-Reine et d’y finir ses jours, entouré de sa famille, n’est sans nul doute pas innocent et il faut voir dans ce choix de qualité de vie la nécessité pour le peintre d’y trouver la tranquillité non loin de la capitale. Le rêve de jeunes artistes contemporains de trouver l’espace de la maison-atelier et de son environnement comme celui, par exemple de la rue Candelot.

Roberto PERAZZONE