Roberto Perazzone et Étienne-Irénée Brun

Experts
Tableaux - Dessins - Sculptures
Moderne et Contemporain

Vente du 4 juin, Orne Enchères SARL, Alençon

Emile FRIANT (1863-1932)
L’intérieur d’atelier, 1882
Huile sur panneau d’acajou signé en bas à droite.
46 x 38 cm

Les deux personnages représentés sont : le peintre Camille Martin (1861-1898) en compagnie du sculpteur Mathias Schiff (1862-1886) devant un tableau posé sur un chevalet.

Expositions :
- Salon des Artistes français, 1882, n° 1085.
- Salon des Artistes français, 1883, n° 302.
- Exposition décennale des Beaux-Arts, Paris, Exposition Universelle, 1889, n° 605.

Bibliographie :
- « Emile Friant et son œuvre » Arsène Alexandre, Editeur Braun, Mulhouse, reproduit planche III ;
- Anon., in “Le Monde Illustré » 5 oct. 1883, reproduit en première page ;
- « Discours sur la tombe d’Emile Friant », Collectif des amis d’Emile Friant, 1933, reproduit face à la page 40 ;
- « Friant » Henri CLAUDE, Serge Domini Editeur, 2005, reproduit et décrit en page 28 ;
- « Peinture et Art Nouveau », Nancy, musée des Beaux-Arts, 24 avril - 26 juillet 1999, reproduit page 20 ill. 5 ;
- « Camille Martin, le sentiment de la nature », Nancy, musée de l’Ecole de Nancy, 26 mars - 29 août 2010, reproduit page 14 ;

Intérieur d’atelier est une œuvre de jeunesse de l’artiste, il n’a que dix-neuf ans.
Elève d’Alexandre Cabanel, il présentera au Salon des Beaux-Arts de 1882, l’enfant prodigue, qui remportera une mention honorable et Intérieur d’atelier.

Si Intérieur d’atelier ne reçoit pas les faveurs officielles, l’œuvre sera remarquée et appréciée par le public pour sa modernité et sa sobriété.

Elle souligne les liens amicaux des artistes nancéens qui unissent Friant, Martin et Schiff.

Friant représenta à plusieurs reprises ses amis, notamment avec le dessin chez le peintre, ancienne collection Roger Marx, où Friant se représente de dos, montrant à Schiff le panneau d’un meuble de Louis Majorelle. Sur le mur de l’atelier figure en pied le portrait de Victor Prouvé tenant un tambour basque sur lequel est peint le portrait de Martin.

CRITIQUES
Intérieur d’atelier
« Friant expose deux toiles : un Enfant prodige et un Intérieur d’atelier. La seconde est de beaucoup supérieure à la première. Elle est peinte dans une tonalité douce, très distinguée et très fine. Le tableau est petit, un des plus petits du Salon. Il n’en n’a pas moins les honneurs de la cimaise et il les mérite. C’est une œuvre vraiment forte. Le jeune homme de vingt ans, qui a des qualités de rendu si saisissantes, qui sait se placer si sincèrement devant la nature et le rendre avec cette vérité si pénétrante, a assurément l’étoffe d’un peintre. » (Le Progrès de l’Est, 13/5/1882, R.V.).

« J’ai à citer trois scènes d’atelier de peintre, ingénieusement rendues. La première et la meilleure est celle de M. Friant ; un camarade de l’artiste regarde, sans mot dire, un tableautin sur un chevalet, et l’artiste guette son jugement. C’est un morceau d’une subtile harmonie grise. » (critique parue dans Le Gaulois et reprise dans Le Progrès de l’Est, 1/6/1882, non signée).

« Le Salon de 1882 présentait à côté d’un artiste passé maître tel que Dagnan-Bouveret, un jeune homme dont les débuts comme peintre de genre offrent un intérêt extrême. (…). Mr Friant avait envoyé une grande machine, l’Enfant prodigue, que l’on a récompensé sous prétexte de grand art et parce qu’elle procède, en guise d’originalité, de diverses influences aisées à reconnaître. Quant à son Intérieur d’atelier, si délicatement personnel, aux colorations si harmonieusement argentines, à l’allure si moderne, la dignité du jury l’obligerait à ignorer cette humble petite perle qui laisse cependant bien loin derrière les ambitions mal venues de l’Enfant prodigue. C’est l’Intérieur d’atelier qui met en lumière M. Emile Friant, c’est lui qui commence légitimement la renommée du jeune peintre, c’est lui qui m’est garant de son avenir ; j’y ai grande confiance, à condition que son Enfant prodigue lui serve de leçon » (« Le Salon de 1882 », l’Art, 1882, Paul Leroi).

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Antoine-Louis BARYE (1796-1875)
Cheval turc n° 2 (antérieur gauche levé, terrasse carrée)
Bronze patiné portant sur la terrasse Barye à l’arrière sous la queue.
Cachet à l’or : FB (Fonte Barbedienne), sur le côté droit, à l’arrière.
Cachet : F. Barbedienne fondeur sur le côté droit.
En-dessous, à l’encre porte un numéro : 3545
Hauteur : 30 cm
Terrasse : 31,5 x 12,5 cm

« Sculpture emblématique de ce que l’on nommait du vivant de l’artiste la « collection des bronzes de Barye » sujet pleinement romantique tout droit venu d’un tableau de Géricault, le Cheval turc, s’apparente aussi des modèles de l’Antiquité, de la Renaissance et du classicisme.
Il peut être considéré comme une référence en matière de sculpture et de bronze. En effet la perfection du rendu de son anatomie surprend par sa vigueur et par sa vérité : « le cheval doit avoir en résumé quatre choses larges : le front, le poitrail, la croupe et les membres ; quatre longues : l’encolure, les rayons supérieurs, le ventre et les hanches ; quatre courtes : les reins, les oreilles, les paturons et la queue » précise ainsi Barye dans une notre rapportée par R. Ballu.
D’autre part, Barye est un des maîtres incontestés de l’art du bronze et sa réputation, de son vivant, comme après sa mort est immense.
En témoigne cette appréciation d’Edmond de Goncourt dans la préface de la vente Sichel, en 1886 : « Puis, pour la beauté des épreuves, gardons-nous d’oublier la qualité des patines avec leur lueurs de pierre dure sur le lisse des surfaces sombres, et ces patines si diverses et si variées, se levant avec le temps et le frottement de dessous la patine vert-de-grisée un peu compacte, un peu uniforme adoptée par le fondeur : sa patine vert glauque de mer, patine à la nuance de bronze florentin, patine noirâtre jouant la patine de vieilles médailles et surtout une patine brune. »
Le premier modèle édité est le Cheval turc n°2 sur terrasse carrée. » extrait de : Barye catalogue raisonné des sculptures » Michel Poletti, Alain Richarme,Editions Gallimard, 2000.

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